ACTION LACANIENNE – Colloque Palais du Luxembourg – 6 juin 2026

Colloque « Défendre la relation dans les soins psys »
6 juin 2026 – Palais du Luxembourg


À la suite du colloque organisé par Madame Raymonde Poncet Monge, sénatrice Europe Écologie Les Verts du Rhône et Vice-Présidente de la commission des affaires sociales, nous avons le grand plaisir de vous adresser le document ci-dessous avec son accord.

Introduction de Madame la Sénatrice
Raymonde Poncet Monge

Pourquoi ce colloque ?

Au Sénat ces derniers mois, plusieurs initiatives de parlementaires, comme une proposition de loi introduisant dans le Code de la santé publique la gradation des soins en psychiatrie et par là le financement des centres experts et du modèle de l’opérateur privé FondaMental, comme un amendement visant à dérembourser les soins psychiques se réclamant de l’orientation psychanalytique voire à les interdire, ont provoqué une forte inquiétude et de larges mobilisations dans le monde Psy, des psychologues, psychanalystes, psychiatres et autres professionnels du soin.

Ainsi, pour ce qui est des centres experts, sans état des lieux ni évaluation sérieuse du modèle ainsi promu, sans étude d’impact, sans concertation préalable et recherche de consensus de la profession, et alors que rarement une proposition de loi n’aura suscité lors des auditions autant de réserves et même d’oppositions d’acteurs, la majorité sénatoriale a quand même modifié par la loi l’organisation des soins en psychiatrie.

Et cela, alors que lors de son audition, la Direction Générale de l’Organisation des soins déclarait que le modèle des centres experts n’avait pas fait l’objet d’évaluation scientifique indépendante et que le véhicule législatif ne lui semblait pas adapté.

La réponse adaptée aurait été alors d’ouvrir enfin la controverse sur ce modèle centré sur une expertise psychiatrique qui est délivrée à l’issue d’examens et de réponses à des questionnaires sur un peu plus d’un jour, alimentant d’énormes banques de données, et émettant des recommandations en direction des praticiens, recommandations déliées du soin et de son suivi.

Ainsi, à la faveur d’un intense lobbying et d’experts parfois juges et parties, le législateur devient celui qui introduit de nouvelles normes quasi administratives en y redéployant les financements, dans un contexte d’injonctions à baisser les dépenses publiques de santé et sur la croyance en la promesse de l’opérateur privé d’économies faramineuses pourtant non documentées et spéculatives.

L’autre initiative qui a suscité un fort émoi concerne l’amendement d’une parlementaire, prétendant, avant de retirer son amendement, condamner et interdire aux praticiens s’inspirant de la psychanalyse, le financement des pratiques concernées au sein des institutions de la pédopsychiatrie, initiative qui reprenait dix ans après la tentative de légiférer en ce sens portée à l’Assemblée nationale.

En s’immisçant à plusieurs reprises dans le débat académique et doctrinal et en tentant de le figer dans et par la loi, le législateur ne manque pas seulement de prudence et de sagesse mais il participe à installer une quasi-vérité d’État dans le champ de la psychiatrie autorisant un contrôle des pratiques et ouvrant le risque demain en psychiatrie d’une police des pratiques.

Notre colloque, qui réunit aujourd’hui praticiens, patients, familles, autour de leurs savoirs et expériences plurielles, acteurs mobilisés pour défendre la pluralité des méthodes, des approches, de la place de la relation et de la parole dans le soin, nous permettra de questionner et de comprendre ce qui se joue dans ces interventions répétées du législateur.

Car si la contestation ou la dispute sur la place de la psychanalyse dans le soin psychique n’est pas nouvelle, pas plus que celle sur la psychiatrie institutionnelle, l’offensive actuelle apparaît plus systémique et dangereuse dans le contexte des dérives autoritaires actuelles.

Et parce que le législateur s’en mêle, nous ne faisons pas face à une nouvelle confrontation des théories, des hypothèses et des approches cliniques, une sorte de guerre des écoles rejouant les controverses et consensus passés mais à la volonté d’imposer, dispositif par dispositif, une orientation théorique et des pratiques par l’effacement voire la répression d’autres.

Clap de fin pour certains débats alors que c’est bien l’ouverture au contradictoire qui reste à l’origine d’enrichissements réciproques et la condition de la progression de la science et des connaissances, dans le champ de la psychiatrie, tout le monde est invité puis sommé à être aligné.

Un glissement s’observe ainsi au sein de la Haute Autorité de Santé qui passe des recommandations de bonnes pratiques professionnelles conçues comme simples aides à la décision, aux approches cliniques jugées par elle non consensuelles, puis non recommandées et aujourd’hui pressée et tentée de franchir le pas vers l’opposabilité des recommandations.

Cette dernière position serait inédite et jusqu’ici inconcevable dans le champ de la psychiatrie et du soin psychique éthiquement centré sur la singularité du sujet.

La psychiatrie ne peut se soumettre à des méthodes et des réponses standardisées et protocolisées et encore moins se voir interdire de les mettre en débat.

Pour imposer et hâter l’uniformisation des pratiques, peu à peu des dispositifs ont été mis en place dont le fonctionnement s’est révélé au fil du temps au service d’un tri des pratiques jusqu’ici plurielles d’abord en direction des psychologues exerçant en libéral où la liberté du choix des orientations thérapeutiques est pourtant essentielle.

Déjà en 2024, lors d’une rencontre avec des psychologues, ceux-ci ont pointé que dans le cadre du dispositif Mon soutien Psy, certaines approches étaient écartées lors de la sélection pour devenir psychologue partenaire.

De plus, la difficile montée en charge de ce dispositif s’est accompagnée parfois de pression pour s’y conventionner envers des psychologues du secteur public pendant que leurs services et institutions tant dans l’éducation nationale, à l’université, dans les Instituts Médico-éducatifs, les CMPP étaient fragilisés.

Car a contrario des promesses de complémentarité de l’offre, force est de constater un effet de substitution, les difficultés croissantes des structures de la psychiatrie de secteur se voyant toujours refuser les moyens de leurs développements.

Enfin, pour la psychiatrie mais aussi la gériatrie, l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux prodiguait des recommandations concernant le champ social et médico-social.

Or, sa fusion ou plutôt son absorption par la Haute Autorité de Santé, centrée sur le sanitaire, a eu une influence sensible, pour étendre aux approches cliniques relationnelles complexes, des outils pertinents pour les spécialités médicales ou le médicament comme l’évaluation par les preuves et les indicateurs mesurables.

Ont ainsi été minorés voire écartés les critères qualitatifs comme la qualité de vie, de la relation thérapeutique et l’évaluation sur le temps long voire sur toute une vie.

C’est pour ouvrir sur les questionnements que pose l’évolution en cours que nous avons pensé ce colloque autour de la relation dans les soins psys.

Car penser la relation et penser son effacement, c’est penser notre modèle de société : tant celui que nous défendons que celui dont nous nous défendons.

Depuis ma place d’économiste, j’observe que les théories qui s’avancent dans le champ psychiatrique supposent de plus en plus un individu autonome, rationnel, sans conflit intrapsychique pour ne pas dire sans inconscient.

Ces présupposés rejoignent certaines théories économiques et discours idéologiques, celui de l’homo œconomicus, individu rationnel, autonome dont les comportements de consommation, de production dépendent d’un calcul rationnel entre, d’une part, la recherche de satisfaction de ses besoins et désirs et d’autre part les efforts nécessaires pour les atteindre.

Par exemple, pour les tenants de cet individu rationnel, les indemnités chômage ou les prestations sociales seraient mis en balance de l’effort au travail et un certain niveau d’allocations désinciterait à la reprise d’un emploi, et dès lors il faut donc les baisser jusqu’à ce point supposé d’équilibre entre effort et revenu propre à l’individu chômeur rationnel et calculateur.

Un chômeur sans histoire professionnelle, asocial, sans appartenance de classe, sans conflit interne.

Cet homo œconomicus est une fiction, les prétendues preuves d’efficacité de cette théorie ne résistent pas à l’analyse mais les politiques publiques s’en inspirent par pure position idéologique.

Je constate que dans les différents champs des sciences humaines et sociales une vision idéologique propre au néolibéralisme et à la société de marché s’impose, dans le monde du travail, à l’école, dans les soins.

Et que partout il nous faut défendre entre autres la place de la relation.

Dans le soin, mais aussi dans les services publics contre l’excès de dématérialisation.

Sur la dématérialisation Pierre-Olivier Monteil, chercheur, écrit : « L’interaction humaine n’existe plus, avec ce qu’elle pourrait avoir de plaisant ou de déplaisant, mais de vivant et bienvenu. Pour ne pas voir dans cette suppression un appauvrissement, il faut estimer qu’il y a peu à attendre de ces échanges ».

Je voudrais enfin conclure sur la dimension autoritaire et antidémocratique perceptibles dans tant de domaines mais pour ce qui nous occupe aujourd’hui, dans le champ des soins Psys.

Alerter car  :

Dans une société démocratique, aucune orientation théorique en psychiatrie ne peut être imposée.

Dans une société démocratique, on réfute toute science d’État.

Dans une société démocratique, les experts des agences indépendantes ne prennent pas de positions publiques d’ailleurs interdites par le Code de la santé publique.

Dans une société démocratique, on protège la liberté de prescription.

Dans une société démocratique, les positions idéologiques ne priment pas sur la démarche scientifique.

 

Le législateur devrait en être garant.

Par ce colloque, comme sénatrice j’entends faire ma part.

Je remercie l’ensemble des intervenantes et intervenants, modératrices, modérateurs ainsi que vous toutes et tous ici présents.

Je vous souhaite un excellent colloque et j’appelle la première table ronde.


Nous avons le plaisir de vous adresser l’intervention au Sénat de la présidente de l’École de la Cause freudienne à l’occasion du colloque sur la défense de la relation dans les soins psys du 6 juin 2026.

Exercice démocratique et parole en psychanalyse

Laura Sokolowsky

 Dans un moment où la psychanalyse se trouve de nouveau attaquée dans ses fondements, il n’est guère inutile d’évoquer une séquence historique où celle-ci fut mise sous tutelle par un pouvoir totalitaire.
Cette idéologie d’extrême droite s’appuyait sur des notions prétendument scientifiques qui affirmaient la division de l’humanité en races biologiquement inégales et détournait la théorie darwinienne au profit d’une vision du monde où seuls les plus forts ont le droit d’exister. L’hérédité biologique, les études statistiques et anthropologiques servirent à justifier un monstrueux programme d’élimination des malades mentaux considérés comme des vies indignes d’être vécues. Des commissions composées de médecins et de fonctionnaires examinèrent les dossiers des patients internés.
L’on estime à présent qu’entre 200.000 et 300.000 personnes handicapées ou souffrant de maladie mentale furent assassinées en Allemagne entre 1939 et 1941 dans le cadre du programme T4 ayant servi de laboratoire aux exterminations de masse ultérieures.

L’Allemagne des années trente offrait un terrain propice à toutes les dérives, arguant d’une défaite militaire, d’un chaos économique et d’une humiliation nationale. Dans ce contexte de détresse collective, un leader séduisit les masses en promettant à chacun un avenir radieux ainsi qu’une fierté retrouvée. Or, ce qui reste difficile à saisir, et que les historiens peinent encore à expliquer n’est pas tant la pathologie du leader que la vitesse avec laquelle une secte d’individus marginaux, qui prônaient la préférence nationale et l’usage de la violence pour y parvenir, remporta l’adhésion de la population. Les grandes interprétations historiques, qu’il s’agisse du fascisme générique, des intérêts du grand capital ou du culte de la personnalité, éclairent sans doute une partie du phénomène sans épuiser ce qui en constitue le nœud, à savoir la soumission volontaire des masses à la volonté de destruction.
C’est ici que la psychanalyse, avec ses concepts de surmoi, de pulsion de mort et d’identification à l’idéal du moi, peut apporter un éclairage que l’Histoire, à elle seule, ne saurait fournir. Encore faut-il que la psychanalyse puisse s’exercer librement, les condition de sa pratique étant l’exercice sans protocole ni volonté de maîtrise des pouvoirs de la parole et de l’interprétation. Pour cette raison, la pratique psychanalytique et la démocratie ont partie liée.

Revenons un instant ce qui ce qui distingue le nazisme d’autres formes d’antisémitisme plus anciennes. Il s’agit du fait que Hitler ne visait pas la persécution, mais l’élimination d’êtres humains. Au printemps 1933, Freud ne mesurait pas encore cette différence qualitative. Il pensait en termes de pogroms, de restrictions, de vexations et d’agressions, c’est-à-dire ce dont il était possible d’avoir une représentation. La notion que l’antisémitisme puisse se réaliser dans une forme absolue dépassait ce que l’imaginaire, même le sien, était capable d’anticiper.

Les régimes autoritaires ont toujours su que la parole était leur ennemi principal. Ce n’est pas un hasard si l’autodafé des livres de Freud eut lieu au mois de mai 1933. Et ce n’est pas un hasard non plus si, parmi les premiers visés par des lois d’exclusion, se trouvaient des médecins, des psychanalystes, des éducateurs, des travailleurs sociaux et des enseignants. Brûler les livres de Freud, c’était s’en prendre à l’idée qu’il peut exister, au cœur de chaque être humain, quelque chose qui échappe à l’emprise du collectif, à la voix du chef, à la communion des masses dans la jouissance partagée d’un ennemi commun.

Comment réagirent les psychanalystes ? Le mouvement analytique de l’époque se retrancha derrière le principe de neutralité scientifique : la psychanalyse n’étant pas une vision du monde, mais une méthode de soin, une thérapeutique, ils n’avait pas à prendre politiquement position. En cela se confirme ce que Freud affronta dès le milieu des années vingt en s’opposant à certains membres de sa propre association qui souhaitaient réserver l’accès à la formation analytique aux seuls médecins. Freud savait que la réduction de la psychanalyse à la thérapeutique lui faisait courir le danger d’une dissolution par absorption comme spécialité médicale.
La posture inverse, présentée comme une garantie d’indépendance, fut en réalité une démission éthique. Elle permit à certains analystes aryens de poursuivre leurs activités dans l’Allemagne nazie, là où leurs collègues juifs furent contraints de s’exiler. Sous couvert de sauver leur discipline, ils se livrèrent à toutes les compromissions et donnèrent leur âme au diable.

Les attaques contemporaines contre la psychanalyse proviennent de l’alliance d’une hostilité déclarée et d’une rationalité gestionnaire. Elles ont le visage de l’expertise, du comité scientifique, de l’instance régulatrice. C’est ce qui les rend difficiles à reconnaître pour ce qu’elles sont de la part du grand public et des médias. En procédant par étapes, en empruntant le langage de la raison et de la science, le rejet de la psychanalyse comme expérience de parole se présente comme une mesure de bon sens que personne ne devrait contester.

Il convient de rappeler que les recommandations de la Haute Autorité de Santé contre les approches psychanalytiques dans la prise en charge de l’autisme en 2012 ont constitué une première fracture. Pour la première fois en France, une instance officielle de santé publique s’est prononcée contre la psychanalyse au nom de la science, ou plutôt d’une certaine conception de la science réductible à l’Evidence-based medicine. Sous couvert de rigueur méthodologique, ce qui ne se mesure pas n’existe pas, ce qui ne produit pas de résultats quantifiables en un temps défini n’a pas droit de cité. La psychanalyse qui accueille ce qui résiste à la mesure, le désir, l’inconscient, le rêve, la répétition, a été déclarée hors-jeu.
L’offensive s’est poursuivie et s’est amplifiée à travers la montée en puissance des thérapies comportementales promues par les institutions de santé au motif de leur efficacité mesurable et de leur rapport coût-bénéfice favorable. Il s’agit rien de moins que de soumettre le soin psychique aux critères de rentabilité qui gouvernent les autres secteurs de l’économie. Une thérapie brève, protocolisée, reproductible d’un patient à l’autre, évaluable par un questionnaire standardisé, tel est ce qu’un tel système finance et recommande. Un traitement analytique dont la durée est indéterminée, dont l’issue ne peut être fixée à l’avance et dont les effets ne se laissent pas réduire à la disparition du symptôme, n’est ni compréhensible ni tolérable.

Cette tendance de fond concerne aussi la formation des futurs praticiens. Dans les facultés de médecine et de psychologie, les enseignements d’orientation psychanalytique doivent s’effacer  au profit des approches neuro. Les internes en psychiatrie se forment de moins en moins à l’écoute clinique, on leur apprend à travailler en utilisant des protocoles standardisés. La prise en compte de la relation entre le patient et son psy, ce qu’en psychanalyse nous désignons par le transfert et qui repose sur un lien de parole, est ignoré, négligé, dénigré.
Ce sont ainsi des générations entières de soignants qui sont privés de ce que la psychanalyse a mis un siècle à élaborer, à savoir une théorie du sujet adossée à la clinique du cas par cas.

À cela s’ajoutent des attaques plus récentes issues du champ législatif, telles que l’amendement visant le déremboursement des pratiques inspirées par la psychanalyse, l’inscription de centres experts soutenus par une fondation privée dans le code de la santé publique, de nouvelles recommandations sur l’autisme excluant la psychanalyse comme pratique non recommandée. Puis, l’horizon de l’opposabilité des recommandations présentées comme une nécessité impérieuse accompagnées d’inspections, de contrôles inopinés des établissements et de fermeture administratives des institutions qui n’obéissent pas. Le vocabulaire employé n’est pas celui du soin, mais d’un ordre de fer.

L’enjeu est la liberté de parole et son expression démocratique. C’est la raison pour laquelle l’avenir de la psychanalyse n’est pas séparable du destin de la démocratie. En effet, la démocratie ne se résume pas au régime électoral. Elle suppose la possibilité d’une parole irréductible à l’identification au groupe, fut-il en position majoritaire, et au chef. Elle suppose qu’il existe un espace où la parole puisse se dire sans être soumise à l’impératif du résultat, de la norme et de la conformité. Ce que récuse l’idéologie autoritaire est une énonciation soustraite à la logique du rendement et de l’obéissance où le sujet peut faire l’expérience de sa division, de ses contradictions, de son désir.

Si les attaques actuelles contre la psychanalyse ne brûlent pas les œuvres de Freud, elles s’emploient à les rendre inaudibles. Elles vident la parole de sa substance en la réduisant à un simple outil de communication au service d’une récolte des données, serf de la technique. Le sujet souffrant dans son corps et sa pensée n’est pas invité à dire, à parler de son histoire : il lui est intimé de cocher des cases pour évaluer son niveau d’anxiété sur une échelle allant de un à dix, à progresser selon un programme préétabli vers un objectif d’adaptation.

Cette conception de l’humain est aussi celle que convoque l’extrême droite par d’autres chemins. Le discours identitaire qui prospère aujourd’hui en Europe et au-delà repose sur l’effacement de la singularité au profit de l’appartenance à une origine, à un pays défini comme une communauté assiégée et remplacée par cet Autre qu’est étranger. La parole introduit de la différence et de l’incomparable. Le fantasme d’une communauté purifiée impose a contrario le silence.

Pour les psychanalystes, défendre la démocratie n’est pas une prise de position étrangère à leur pratique. Il s’agit de promouvoir la fonction et le champ de la parole et du langage contre la violence politique et la rationalité gestionnaire. Ne cédons pas à la tentation de négocier avec les instances évaluatives, d’adapter la clinique analytique aux exigences du marché, de consentir aux compromis douteux pour préserver une présence institutionnelle.

Comme Lacan l’écrivait dans « La psychiatrie anglaise et la guerre » publiée en 1947, il en va d’un affrontement contre les puissances sombres du surmoi imposant de se soumettre et de se taire.
Ce combat est le nôtre aujourd’hui.