Colloque – Samedi 4 octobre 2025

Argument

Inspirés par le thème de PIPOL 12 « Malaise dans la famille », nous avons décidé d’orienter notre colloque 2025 autour de la famille.

Façonnée pendant des siècles par la religion, notre vision de la famille a longtemps reposé sur l’idée d’une famille constituée d’un père, une mère et de leur(s) enfant(s). La famille, « institution naturelle », et le mariage étaient nécessairement liés.

Les progrès de la science ont changé la donne. Sexualité et procréation se sont disjointes.

La famille s’est lentement réduite au XXᵉ siècle, et a pris des formes très diverses, bien loin du modèle traditionnel père/mère/enfant.

La famille a toujours été un thème central de la psychanalyse.

Dans l’œuvre de Freud, elle est avant tout un lieu où se constitue le sujet. Elle offre un cadre où se joue un drame psychique structurant à travers le complexe d’Œdipe, dont l’issue déterminera la future vie psychique de ce sujet. Pour lui, c’est là que se transmettent symptômes, désirs refoulés et interdits.

Dans l’œuvre de Lacan, c’est le Nom-du-Père comme signifiant qui incarne la Loi, qui va permettre à un sujet d’entrer dans l’ordre du langage et du désir. En 1938, dans « Les complexes familiaux dans la formation de l’individu », il souligne le rôle primordial de la famille dans la transmission, transmission de la culture, transmission du symbolique. C’est l’institution qui prime « dans la première éducation, la répression des instincts, l’acquisition de la langue justement nommée maternelle »[1]. La famille n’est pas pour Lacan une institution « naturelle », mais « culturelle ».

D’ailleurs, lorsqu’il formalise la métaphore paternelle, il indique que ce ne sont pas le père et la mère biologiques qui importent, mais les fonctions paternelle et maternelle, qui peuvent être incarnées par d’autres personnes que les parents biologiques. Cette perspective va évoluer, et dans son dernier enseignement, Lacan passera de « la fonction du père » au « père en fonction, au père un par un ». « Il ne s’agit pas pour autant de se passer du père, mais de mettre l’accent sur le père en tant qu’existence particulière […] Pour définir un père, Lacan parlera alors de « père-version », de versions du père, une par une » [2]. Ce père devra orienter son amour vers une femme, et s’attacher aux objets a de cette femme, à savoir ses enfants, « et que de ceux-ci, qu’il le veuille ou pas, il prenne soin paternel » [3].

Aujourd’hui les façons de faire famille ne cessent de se construire et s’inventer, et ces inventions donnent lieu à de nouvelles nominations : Famille monoparentales, homoparentales, recomposées, et un nouveau terme est apparu, celui de « parentalité », qui montre qu’à présent, c’est l’enfant qui fait la famille.

Avec l’évolution de la famille moderne, l’effacement de l’autorité paternelle, la fonction symbolique structurante est mise à mal. Nombre de témoignages, de films, d’ouvrages, traitent de ce délitement. Mais pouvons-nous pour autant lui attribuer les symptômes de notre époque ? La clinique témoigne, malgré tout, que cela n’est pas sans conséquences.

Notre colloque sera donc l’occasion de nous interroger sur la place de l’enfant dans la famille aujourd’hui, le statut de sa parole, la façon dont il a pu être désiré (ou non), quelles peuvent être les conséquences de ses symptômes sur la famille. Nous verrons comment la rencontre avec les « psys », orientés par la psychanalyse, peut permettre à chacun de trouver comment faire avec son symptôme.

Anne Orenga

 

[1] Lacan J., « Les complexes familiaux dans la formation de l’individu, Autres écrits, Paris, Seuil,2001, p.24-25.
[2] Laurent E., « Parentalités après le patriarcat », https://institut-enfant.fr/zappeur-jie7/parentalites-apres-le-patriarcat/.
[3] Lacan J., « Note sur l’enfant », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.373.

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